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Sujet : Doit-on considérer que, dans la nature, les êtres vivants ne sont que des moyens pour l'homme ?

Définitions des termes :
  • considérer : Etre d'avis, croire, estimer.
  • nature : 1° L'inné par opposition à l'acquis (nature opposée à culture, ou chez les anthropologues anglo-saxons nature opposée à nurture); 2° Essence, ensemble des propriétés qui caractérisent un objet ou un être (la nature de l'homme par exemple); 3° L'ensemble des phénomènes matériels, liés entre eux par des lois scientifiques. En ce sens, le naturel peut s'opposer au surnaturel qui désigne une intervention transcendante de la divinité; 4° Spinoza distingue la nature naturante, c'est-à-dire la substance infinie et la nature naturée, les divers modes par lesquels s'exprime cette substance. Le mot nature est ambigu. Le naturalisme du xviiie siècle par exemple est contradictoire. D'une part son épistémologie réduit la nature à un mécanisme (des faits soumis à des lois nécessaires) indifférent aux valeurs humaines. D'autre part, sa morale prétend se fonder sur la nature, c'est-à-dire sur des tendances spontanées, supposées bonnes; la nature devient alors la Mère-Nature, une sorte de providence bienveillante.
  • vivant : L'être vivant est un organisme. Il n'est pas constitué d'une juxtaposition de parties ajoutées les unes aux autres. Ces parties forment un tout car elles sont interdépendantes (le fonctionnement d'une partie est tributaire de celui des autres) et paraissent toutes participer à une fin commune : le maintien de l'être vivant en vie. Parce qu'il est un organisme, l'être vivant est un organisme. Tout être vivant est un individu au sens où il forme une unité distincte, ne ressemblant exactement à aucune autre, qui ne peut être divisée sans être détruite. Leibniz au XVII ième avait énoncé l'existence d'un principe, nommé principe des indiscernables, selon lequel il n'y a pas deux êtres identiques dans la nature. Qu'est-ce qui différencie les organismes vivants des choses naturelles ou objets fabriqués ? Jacques Monod, généticien, prix Nobel de médecine en 1965, retient dans Le hasard et la nécessité trois critères qui doivent être présents simultanément dans un être pour que celui-ci puisse être qualifié de vivant. Le premier est la téléonomie (du grec télos : fin et nomos : loi). L'être vivant est toujours un être qui, pris dans son ensemble ou chacune de ses parties, répond à une fonction, donc apparemment à une fin. Du point de vue de l'ensemble, l'être vivant semble "fait pour" se perpétuer. Se perpétuer lui-même, du moins le temps nécessaire à la reproduction, et perpétuer son espèce. Du point de vue de chacune des parties, ces dernières semblent "faites pour" accomplir telle ou telle fonction. L'oeil est "fait pour" voir, la langue du fourmilier "pour" attraper les fourmis ... comme si une fin à réaliser était à l'origine de chaque organe, comme si la fonction créait l'organe. Le second critère retenu par Monod est la morphogenèse autonome (du grec morphé : forme et genesis développement). L'être vivant est en relation constante avec un milieu extérieur ; néanmoins, le processus de formation et de développement d'un être vivant est indépendant du milieu extérieur. Même si, pour son entretien et sa croissance, un organisme vivant a besoin d'assimiler des substances étrangères (nourriture, oxygène, gaz carbonique, etc.), même si, sans ce type de relations la vie ne pourrait ni exister, ni se développer, toujours est-il que sa forme et sa croissance sont régies par une programmation interne qui n'est pas le résultat des forces extérieures qui s'exercent sur l'être vivant. Par exemple, un poisson rouge ne peut survivre sans eau et daphnies, mais aucune force physique ne peut transformer ce dernier en éléphant. Les manifestations principales de cette morphogenèse autonome sont l'auto-formation, l'autorégulation et l'auto-réparation. Cette dernière, bien qu'elle ne concerne pas tous les organes, s'étend cependant à un nombre infini d'agressions et de blessures. C'est ainsi que l'écorce du pin entaillé se refait, que la pince du crabe repousse et que les blessures se cicatrisent. Le troisième critère est l'invariance reproductive. Les êtres vivants se reproduisent. En outre, cette reproduction est marquée par l'invariance, soit complète en cas de reproduction par sissiparité (division des cellules), soit partielle en cas de reproduction sexuée. Il existe alors des différences individuelles (à l'exception des jumeaux univitellins) mais les caractéristiques de l'espèces sont conservées. Il ne faut pas confondre la variabilité des individus et l'invariance propre à l'espèce. Ces trois critères, présents en un même être, nous permettent-ils de distinguer assurément le vivant de l'inerte ? Après tout les machines sont également des objets téléonomiques, les machines peuvent s'autoréguler et les ordinateurs, en raison de la programmation, ont une certaine autonomie. Il est moins aisé qu'il ne le paraît au premier abord de dégager des critères permettant de différencier un être vivant d'une machine complexe toutefois, la machine ne se reproduit pas, ne croit pas et connaît une autonomie très limitée.
  • moyen : Ce qui sert à la réalisation d'une fin: "La fin justifie les moyens."
  • homme : Le plus évolué des êtres vivants, appartenant à la famille des homini­dés et à l'espèce Homo sapiens (« homme sage »). Traditionnellement défini comme « animal doué de raison », l'homme est aussi, selon Aristote, un « animal politique ». Ce serait en effet pour qu'il puisse s'entendre avec ses semblables sur le bon, l'utile et le juste que la nature l'aurait pourvu du langage.

Extrait du corrigé : C'est également au nom de ce principe que l'on pratique l'élevage intensif d'animaux qui souffrent de leurs conditions d'élevage durant toute leur existence.Ces dernières années ont vu se développer une réflexion sur ces pratiques : même si l'on manque de moyens fiables pour dire que les animaux ont conscience de souffrir, on peut se demander si leur exploitation sans limite peut vraiment être justifiée. Certains penseurs de la bioéthique proposent de choisir comme critère les conditions de vie naturelles d'une espèce : il faudrait alors s'abstenir d'élever ces animaux dans des conditions allant contre la nature de l'espèce. Certains penseurs vont plus loin et réclament la proclamation de droits des animaux, voire la possibilité de représenter des animaux lors de procès dans lesquels les animaux eux-mêmes seraient considérés comme les plaignants revendiquant un traitement digne.Le problème de toutes ces propositions est bien sûr le fait que nous manquons d'un moyen de communication fiable pour vérifier le bien-fondé de nos principes : que ce soit pour exploiter les animaux comme des moyens, ou pour leur conférer les mêmes droits qu'aux hommes, nous en sommes réduits à des analogies invérifiables.Sans savoir exactement ce que nous devons aux êtres vivants de la nature, un critère limitatif pourrait cependant être ce que nous devons à notre propre dignité. Il n'est peut-être pas conforme à notre dignité d'avoir une attitude d'exploitation, de destruction et de gâchis à l'égard de tout le reste de la création. Il est peut-être conforme à notre conscience de saisir le caractère de rareté et de préciosité qui caractérise le monde qui nous entoure. Ce critère est en question par exemple lorsqu'il s'agit de justifier le choix de maintenir autant que possible la biodiversité. Sujet : Doit-on considérer que, dans la nature, les être vivants ne sont que des moyens pour l'homme ?

Doit-on considérer que, dans la nature, les êtres vivants ne sont que des moyens pour l'homme ?

Corrigé : Doit-on considérer que, dans la nature, les êtres vivants ne sont que des moyens pour l'homme ?
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Définitions

  • considérer : Etre d'avis, croire, estimer.
  • nature : 1° L'inné par opposition à l'acquis (nature opposée à culture, ou chez les anthropologues anglo-saxons nature opposée à nurture); 2° Essence, ensemble des propriétés qui caractérisent un objet ou un être (la nature de l'homme par exemple); 3° L'ensemble des phénomènes matériels, liés entre eux par des lois scientifiques. En ce sens, le naturel peut s'opposer au surnaturel qui désigne une intervention transcendante de la divinité; 4° Spinoza distingue la nature naturante, c'est-à-dire la substance infinie et la nature naturée, les divers modes par lesquels s'exprime cette substance. Le mot nature est ambigu. Le naturalisme du xviiie siècle par exemple est contradictoire. D'une part son épistémologie réduit la nature à un mécanisme (des faits soumis à des lois nécessaires) indifférent aux valeurs humaines. D'autre part, sa morale prétend se fonder sur la nature, c'est-à-dire sur des tendances spontanées, supposées bonnes; la nature devient alors la Mère-Nature, une sorte de providence bienveillante.
  • vivant : L'être vivant est un organisme. Il n'est pas constitué d'une juxtaposition de parties ajoutées les unes aux autres. Ces parties forment un tout car elles sont interdépendantes (le fonctionnement d'une partie est tributaire de celui des autres) et paraissent toutes participer à une fin commune : le maintien de l'être vivant en vie. Parce qu'il est un organisme, l'être vivant est un organisme. Tout être vivant est un individu au sens où il forme une unité distincte, ne ressemblant exactement à aucune autre, qui ne peut être divisée sans être détruite. Leibniz au XVII ième avait énoncé l'existence d'un principe, nommé principe des indiscernables, selon lequel il n'y a pas deux êtres identiques dans la nature. Qu'est-ce qui différencie les organismes vivants des choses naturelles ou objets fabriqués ? Jacques Monod, généticien, prix Nobel de médecine en 1965, retient dans Le hasard et la nécessité trois critères qui doivent être présents simultanément dans un être pour que celui-ci puisse être qualifié de vivant. Le premier est la téléonomie (du grec télos : fin et nomos : loi). L'être vivant est toujours un être qui, pris dans son ensemble ou chacune de ses parties, répond à une fonction, donc apparemment à une fin. Du point de vue de l'ensemble, l'être vivant semble "fait pour" se perpétuer. Se perpétuer lui-même, du moins le temps nécessaire à la reproduction, et perpétuer son espèce. Du point de vue de chacune des parties, ces dernières semblent "faites pour" accomplir telle ou telle fonction. L'oeil est "fait pour" voir, la langue du fourmilier "pour" attraper les fourmis ... comme si une fin à réaliser était à l'origine de chaque organe, comme si la fonction créait l'organe. Le second critère retenu par Monod est la morphogenèse autonome (du grec morphé : forme et genesis développement). L'être vivant est en relation constante avec un milieu extérieur ; néanmoins, le processus de formation et de développement d'un être vivant est indépendant du milieu extérieur. Même si, pour son entretien et sa croissance, un organisme vivant a besoin d'assimiler des substances étrangères (nourriture, oxygène, gaz carbonique, etc.), même si, sans ce type de relations la vie ne pourrait ni exister, ni se développer, toujours est-il que sa forme et sa croissance sont régies par une programmation interne qui n'est pas le résultat des forces extérieures qui s'exercent sur l'être vivant. Par exemple, un poisson rouge ne peut survivre sans eau et daphnies, mais aucune force physique ne peut transformer ce dernier en éléphant. Les manifestations principales de cette morphogenèse autonome sont l'auto-formation, l'autorégulation et l'auto-réparation. Cette dernière, bien qu'elle ne concerne pas tous les organes, s'étend cependant à un nombre infini d'agressions et de blessures. C'est ainsi que l'écorce du pin entaillé se refait, que la pince du crabe repousse et que les blessures se cicatrisent. Le troisième critère est l'invariance reproductive. Les êtres vivants se reproduisent. En outre, cette reproduction est marquée par l'invariance, soit complète en cas de reproduction par sissiparité (division des cellules), soit partielle en cas de reproduction sexuée. Il existe alors des différences individuelles (à l'exception des jumeaux univitellins) mais les caractéristiques de l'espèces sont conservées. Il ne faut pas confondre la variabilité des individus et l'invariance propre à l'espèce. Ces trois critères, présents en un même être, nous permettent-ils de distinguer assurément le vivant de l'inerte ? Après tout les machines sont également des objets téléonomiques, les machines peuvent s'autoréguler et les ordinateurs, en raison de la programmation, ont une certaine autonomie. Il est moins aisé qu'il ne le paraît au premier abord de dégager des critères permettant de différencier un être vivant d'une machine complexe toutefois, la machine ne se reproduit pas, ne croit pas et connaît une autonomie très limitée.
  • moyen : Ce qui sert à la réalisation d'une fin: "La fin justifie les moyens."
  • homme : Le plus évolué des êtres vivants, appartenant à la famille des homini­dés et à l'espèce Homo sapiens (« homme sage »). Traditionnellement défini comme « animal doué de raison », l'homme est aussi, selon Aristote, un « animal politique ». Ce serait en effet pour qu'il puisse s'entendre avec ses semblables sur le bon, l'utile et le juste que la nature l'aurait pourvu du langage.

Problématique

Analyse du sujet :

La formulation du sujet («doit-on») présente une alternative :
1.    soit il faut considérer que les être vivants ne sont que des moyens pour l'homme ;
2.    soit il faut considérer qu'ils ne sont pas que des moyens pour l'homme, et, dans ce cas, il faut chercher ce qu'ils peuvent être d'autre.
    Il faut noter que la deuxième solution ne nie pas que les être vivants (= animaux et végétaux) soient des moyens pour l'homme : «ne... que», indique qu'ils sont des moyens, mais peut-être aussi autre chose, à déterminer. On pourra éventuellement remettre en cause cette idée selon laquelle les être vivants sont des moyens pour l'homme.
Reste donc à définir deux points :
1.    si les êtres vivants sont des moyens pour l'homme --- ou dans la mesure où ils le sont ---, il faudra se demander des moyens en vue de quoi ;
2.    s'ils ne sont pas que cela, il faudra se demander ce qu'ils sont d'autre.
Il faudra aussi se demander de quel droit les hommes peuvent considérer les êtres vivants comme des moyens ou ne peuvent pas le faire. Quelle est l'autorité qui en décide ?
Que signifie «considérer» ? Pourquoi la question n'est-elle pas : «Les être vivants ne sont-ils que des moyens pour l'homme ?» ? Quelle est la différence entre une telle formulation et la formulation de notre sujet ? «Considérer» est du point de vue de l'homme. «Considérer» peut signifier «faire comme si» : on choisit, par exemple, parfois, en physique, de considérer que les frottements sont négligeables, ce qui veut dire que, de notre point de vue, ils sont insignifiants, bien qu'ils soient là. On peut également considérer que les être vivants ne sont que des moyens pour l'homme, parce que, de notre point de vue, ils ne sont que cela, même si, par ailleurs, ils peuvent être autre chose, mais que cela n'a pas d'importance pour nous.
La question n'est pas «peut-on», mais «doit-on». Il peut s'agir d'une obligation de fait (il faut considérer que les être vivants ne sont que des moyens pour l'homme parce que, de fait, nous ne considérons que comme cela), ou de droit (nous devons considérer les être vivants uniquement comme des moyens pour l'homme, parce que c'est leur rôle sur la terre d'être des moyens pour nous).

Problématisation :

L'homme est capable de se servir des être vivants pour se nourrir (des vaches, par exemple), se déplacer (chevaux), se soigner (plantes), etc. Mais cette possibilité de fait est-elle légitimée par un droit ? D'où vient ce droit ? L'homme a-t-il le droit d'utiliser les être vivants à n'importe quelle fin, ou seulement pour sa survie ? Les être vivants ne sont-ils que des moyens en vue des fins que se proposent les hommes ou sont-ils également autre chose, doivent-ils être respectés parce qu'ils sont, comme nous, porteurs de vie, ou avons-nous le droit de les considérer comme de simples outils à notre disposition, comme n'importe quel objet ?



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