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Sujet : Pourrait-on penser sans l'aide du langage ?

Définitions des termes :
  • penser : Exercer une activité proprement intellectuelle ou rationnelle; juger; exercer son esprit sur la matière de la connaissance; unir des représentations dans une conscience.
  • sans : A l'exclusion de, exprime l'absence.
  • langage : 1) Faculté de parler ou d'utiliser une langue. 2) Tout système de signes, tout système signifiant, toute communication par signes (verbaux ou non verbaux). Le langage désigne aussi la totalité des langues humaines.

Extrait du corrigé : Puisque « tout est dit depuis huit mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent » (La Bruyère), le refus des mots ne serait-il pas le dernier refuge de l'intériorité ? Ce sont ces appréhensions que la pensée hégélienne entend conjurer avec la dernière énergie. Le présupposé qui est ici en jeu a quelque chose à voir avec la question de la propriété de la parole. Ce dialogue constant de la pensée avec le langage, cette lutte entre l'ineffable et les mots, bref ce passage, pour la pensée, du non-être à l'être prend donc évidemment, comme on l'a vu, un sens particulièrement aigu en littérature et spécialement en poésie. Si le passage par la parole marque la vraie naissance de la pensée, c'est qu'il faut concevoir le langage comme quelque chose de plus haut qu'un simple instrument. Ce qui se conçoit bien ne s'énonce clairement, pour paraphraser Boileau, que dans la mesure où l'énonciation claire est elle aussi à son tour la condition de la bonne conception.               La fonction essentielle du langage, selon Hegel, est de tirer l'esprit du monde complexe et confus que lui présente la perception brute et de le faire accéder à un monde plus intellectuel, purifié, celui des mots: "L'intelligence se trouve comme remplie par l'objet qui lui est donné immédiatement et qui entraîne avec lui la contingence, l'inanité et la fausseté qui sont le propre de l'existence extérieure". Mais, le rôle de l'intelligence est de "purifier le contenu de l'objet qui s'offre à elle d'une façon immédiate, en y effaçant tout ce qu'il a d'extérieur, d'accidentel et d'insignifiant". Or c'est le son articulé, le mot qui accomplit cette fonction, car d'un côté le mot est une forme externe mais il est aussi l'oeuvre de l'esprit: il est un signe et il est par là une forme interne. "Le son s'articulant suivant les diverses représentations déterminées, c'est-à-dire la parole et son système le langage, donne aux intuitions et aux représentations une seconde existence, plus haute que leur existence immédiate, en un mot, une existence qui a sa réalité dans la sphère de la représentation".

Pourrait-on penser sans l'aide du langage ?

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Définitions

  • penser : Exercer une activité proprement intellectuelle ou rationnelle; juger; exercer son esprit sur la matière de la connaissance; unir des représentations dans une conscience.
  • sans : A l'exclusion de, exprime l'absence.
  • langage : 1) Faculté de parler ou d'utiliser une langue. 2) Tout système de signes, tout système signifiant, toute communication par signes (verbaux ou non verbaux). Le langage désigne aussi la totalité des langues humaines.

Problématique

Le concept de « pensée » possède au moins deux acceptions majeures. Au sens strict, c’est la pensée intellectuelle, passant par les idées, par les concepts, par les mots : c’est le jugement. Au sens large, la pensée désigne tout phénomène conscient, comme par exemple l’imagination ou encore la perception. D’un côté, toute pensée semble passer nécessairement par le langage, mais de l’autre, elle semble facilement ne pas toujours emprunter la voie du langage pour se réaliser. Mais doit-on se satisfaire d’une telle dichotomie ?
 
 N’y a-t’il pas tout d’abord des formes d’intellections non conceptuelles, dont l’intuition intellectuelle semble être un parfait exemple ? Le langage n’est-il alors qu’un simple instrument de la pensée (puisqu’ici la langage semble excéder celle-ci) ? Celle-ci serait alors indépendante, antérieure, voire plus large que le langage par lequel elle s’exprime. Le langage n’est-il pas au contraire une condition nécessaire de la pensée, c’est-à-dire ce sans quoi il n’y a de pensée, d’une part communiquée (c’est évident), d’autre part solitaire (semble moins évident). C’est ici entre autre le problème de l’ineffable : existe-t-il de l’indicible néanmoins pensé ? D’autre part, si la pensée comprise comme l’ensemble de la vie consciente, psychique semble bien pouvoir se passer d’un langage, n’est-ce pas une apparence trompeuse ? Des opérations de l’esprit comme l’imagination ou la perception sont-elles vraiment « sans langage » ? Et si ces opérations avaient un langage, ne serait-ce pas en un sens plus large que celui de la pensée conceptuelle ?
 
 Quel est donc le rapport entre la pensée et le langage : est-il extérieur, accidentel, ou au contraire constitutif ? Bref : peut-on penser sans langage ?



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